«L'hypnose est un moyen de communiquer au malade des idées et une compréhension de lui-même, de telle manière qu'il sera particulièrement réceptif aux idées présentes». (Milton Erickson, 1965)

«L'hypnose thérapeutique est une expérience relationnelle mettant en jeu des mécanismes physiologiques et psychologiques, permettant à l'individu de mieux supporter, d'atténuer, voire de supprimer une pathologie douloureuse aiguë ou chronique» (Jean-Marc Benhaiem,, 2002)

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L'hypnose française, après avoir franchi les frontières, intéresse quelques praticiens américains. Milton H. Erickson, psychiatre américain (1901-1980), alors jeune étudiant en médecine, en 1925, reçoit une formation à l'hypnose classique, très directive, conforme aux interactions ordinaires entre le médecin et le malade. Dans son enfance, il est frappé de plusieurs lourds handicaps : daltonien, dyslexique, dans l'incapacité de reconnaître ou de reproduire une mélodie, il est atteint de polyomyélite à 17 ans. C'est par une observation précise des mouvements de sa jeune sœur qui apprenait à marcher qu'il réapprit à coordonner sa motricité et recouvra, en moins d'un an d'efforts acharnés, pratiquement l'ensemble de ses capacités musculaires. Il surmontera ainsi ses handicaps seul, grâce à ses capacités d'invention.

Médecin, psychiatre, puis essentiellement psychothérapeute, Président de l'association américaine d'hypnose et l'un des responsables de la revue Journal of Clinical and Experimental Hypnosis, il assume d'abord de nombreuses responsabilités cliniques et universitaires jusqu'en 1949 avant de s'installer ensuite à Phoenix (Arizona), pour des raisons de santé, et fera alors le choix d'une pratique privée permanente, consacrée à la recherche et aux échanges avec d'autres praticiens, comme à l'enseignement. Il rédige plus de cent cinquante articles et co-signe plusieurs ouvrages notamment avec Ernest Rossi. Il sera victime d'une deuxième attaque de poliomyélite en 1950 et passera les treize dernières années de sa vie en fauteuil roulant.

Très vite, dans ses fonctions de jeune médecin, et au vu de ses capacités d'adaptation personnelle à ses handicaps, il conteste l'idée d'associer la transe à un phénomène provoqué par le thérapeute. Pour lui, la transe est un phénomène banal, naturel, que chaque individu connaît dans sa vie ordinaire. Cette position qu'il développera toute sa vie, position aujourd'hui très largement admise, s'oppose à la conception que l'hypnose ne peut apparaître que chez les sujets ayant une personnalité particulière.

Son rôle a été primordial, aucun autre hypnothérapeute n'a autant influencé la pratique moderne de l'hypnothérapie. Il a inventé diverses techniques et développé une approche moins autoritaire appelée hypnose permissive qui se caractérise par 

- plus de respect, de gentillesse et de soutien envers le patient

- l'utilisation des croyances et du langage du patient pour provoquer une transe

- la sollicitation de l'inconscient du patient afin que ce dernier trouve lui-même la solution

- l'utilisation des métaphores.

Il a développé l'improvisation d'histoires adaptées à la vie, aux centres d'intérêt et aux problèmes du patient afin d'aider l'inconscient de ce dernier à trouver lui-même la solution.

Les principes de l'hypnothérapie

Le patient a des ressources latentes. Le thérapeute lui permet de les mobiliser, de les développer ou de créer des contextes d'apprentissage. Le patient est bloqué dans un système de pensées circulatoires où les problèmes entraînent des solutions inadaptées et inefficaces. Le thérapeute déconstruit avec lui ses croyances et ouvre ainsi de nouveaux champs de compétences.

En résumé, dans l'hypnose thérapeutique, le sujet (le patient) accède, grâce à l'intervention d'une autre personne (le thérapeute) à un niveau de conscience modifiée (avec une relation plus étroite entre corps et esprit) et devient indifférent à l'environnement, tout en restant vigilant, concentré, réceptif et libre de ses choix.

L'hypnose thérapeutique utilise notre capacité naturelle de dissociation qui nous permet 

- d'être ici (dans le réel) et ailleurs (concentrés sur ce que nous voyons, entendons, sentons...)

- de s'abstraire de l'environnement immédiat (en perdant la notion du temps) pour un vécu agréable

- un état facilement réversible (réassociation nécessaire). Elle implique un mode relationnel privilégié patient-thérapeute (appelée alliance thérapeutique).

Les domaines d'application de l'hypnothérapie

Ils sont larges : renforcement de la confiance en soi et du contrôle des émotions (trac, réussir un examen, parler en public) , modification des mauvaises habitudes (se ronger les ongles, énurésie, etc...), résolution de phobies, amélioration de performances artistiques, scolaires et sportives, perte de poids et amélioration des habitudes alimentaires, dépression, troubles du désir, troubles dits psychosomatiques (colopathie, dyspepsie, spasmophilie) et aussi soulagement des douleurs (aiguë ou chronique). Parmi les addictions , on trouve la gestion du tabagisme, alcoolisme, cannabis, troubles du comportement alimentaire. Elle est aussi pratiquée dans l'accompagnement des patients cancéreux, en soins palliatifs et en victimologie.

Quelques chiffres

A l'hôpital : l'hypnose présente dans 40% des centres de traitement de la douleur (les douleurs aiguës et chroniques étant pratiquement les seules applications de l'hypnose à l'hôpital), douleurs plus fréquentes chez la femme (39%) que chez l'homme (31%), majorées par l'âge, en particulier au-delà de 65 ans : la moitié des personnes de 80 ans souffrent de douleurs handicapantes et durables. 25% de la population française souffrent de céphalées (migraines, céphalées de tension), 10 % de lombalgies chroniques, 2 à 5% par la fibromyalgie.

Les bienfaits de l'hypnose

L'hypnose est souvent confondue avec la relaxation (hypno-relaxation) où le patient se détend, guidé par la voix du thérapeute. Mais l'ambition de l'hypnose n'est pas seulement de relaxer une personne tendue et inquiète, mais d'aller vers un changement plus profond qui pourra faire perdurer le bien-être ressenti :

- Soigner la relation au corps (calmer anxiété et ses conséquences corporelles)

- Soigner la relation à l'espace environnant (obsession, phobies)

- Soigner la relation aux autres

- Soigner la relation à sa propre pensée (certains modes de pensées provoquent et entretiennent des pathologies)

Les médecines alternatives ou traditionnelles se présentent sous des apparences très diverses, mais elles se rejoignent sur un point essentiel : en traitant le corps et l'esprit, elles permettent au patient de reprendre place dans la vie et dans la société.

Ses contre-indications

Difficile de trouver une réponse définitive à la question de savoir si l'état modifié de conscience, base de l'hypnose, est à déconseiller pour certaines structures psychiques, mais elle est particulièrement peu adaptée dans les troubles psychotiques aigus naissants où justement les patients sont susceptibles d'exprimer une demande pressante ; de même pour les patients en bouffée délirante. La paranoïa n'est pas considérée comme une contre-indication, sauf quelques exceptions, mais avec un thérapeute expérimenté et spécialisé dans les troubles psychiatriques sévères.

Pourquoi préférer l'hypnose pour se soigner 

L'immense majorité des patients venant à l'hypnose pense que leur mental est pour une bonne part responsable de leurs troubles, «c'est dans la tête» disent-ils. Et l'hypnose est effectivement une bonne approche pour comprendre et modifier un comportement. En général, ils refusent les médicaments et veulent qu'on les aide à puiser au fond d'euxmêmes l'énergie et la stratégie pour guérir. Cette attitude correspond bien aux intentions du médecin qui tente d'utiliser les ressources propres de son patient pour surmonter une dépression, une peur, une souffrance car il faut avoir confiance dans sa capacité à retrouver l'autonomie.

C'est pourquoi, Erickson a développé ce que l'on nommera ensuite l'hypnose éricksonienne :

- l'hypnothérapeute est le «compagnon du patient»

- le patient détient des ressources, a des aptitudes, des facultés inexploitées d'apprentissage

- l'inconscient est un réservoir de ressources

- l'hypnose est dite permissive.

«La douleur est un mécanisme de protection somatique. Elle motive le patient pour qu'il protège sa zone douloureuse, pour qu'il évite les stimuli nocifs et pour qu'il demande de l'aide. Cependant, de-par la nature subjective de l'expérience douloureuse, une personne développe devant elle des réactions psychologiques et émotionnelles qui entraînent éventuellement des désordres psychosomatiques ; le mécanisme protecteur a été, en gros, prolongé à l'excès. Une personne souffrant sévèrement du dos contractera ses muscles et prolongera alors cette contraction longtemps après que la douleur initiale eut cessé. La contraction elle-même devient douloureuse, et la douleur dorsale se prolonge. Ces réactions psychologiques et émotionnelles qui entraînent ultérieurement des désordres psychosomatiques sont susceptibles d'être modifiées et traitées par l'usage de l'hypnose» (Milton Erickson "Hypnose thérapeutique, 4 conférences)

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